L'ATELIER

Texte à venir

« Chers vous,
L’histoire que vous vous apprêtez à lire est la mienne.
Il m’a fallu plus de dix ans d’essais, de recherches, d’écritures, de dessin et un voyage d’une année, pour finalement déposer en mots ces souvenirs. ( ... ) La difficulté émotionnelle à mettre en illustration ces textes m’a finalement amenée à choisir une mise en image franche et directe par le travail photographique de Anne Gerzat. Amie de longue date et photographe exceptionnelle, il n’y avait selon moi que ce chemin possible pour traduire de la manière la plus réelle les émotions vécues, grâce à sa sensibilité et à notre confiance mutuelle. »

Quelques extraits du livre en cours de création






8 août 2004

« (...) J’ai l’impression de devenir un être maritime. Je m’imagine, dès que je suis sous l’eau, que j’ai le pouvoir de respirer aussi longtemps que je le veux, que je peux me propulser comme un poisson et qu’il y a un monde immense, là. Je vis dans ma grotte, sous la piscine. A l’intérieur, il y a pleins d’algues, mais elles ne sont pas vertes. Elles sont rouges, jaunes et douces et elles scintillent, lorsque j’arrive, comme pour m’accueillir. Mais ce que j’aime le plus au monde à la piscine, c’est prendre une gigantesque respiration, descendre tout au fond vers les catèles bleues, m’accrocher à une des barres en métal et me blottir en boule. Puis, lever la tête et regarder le haut de l’eau. Là, je suis bien. Il n’y a plus de bruits incessants, il n’y a plus de gens. Là, je ne suis là pour personne. Il n’y a que moi et l’eau. Il n’y a plus rien, sinon, mon corps, très doucement balancé par les petits remous, la lumière du ciel qui scintille là- haut, et un silence qui apaise. Là, je suis protégée. Je resterais des heures. Là, je suis dans un autre monde. Un monde où personne ne peut m’atteindre. J’observe les bulles qui sortent de ma bouche, les drôles de formes qu’elles prennent en remontant, la lumière qui bouge à l’intérieur. On dirait des petits êtres qui dansent. Un jour, je me serai tellement entraînée à retenir ma respiration le plus longtemps possible,
que je pourrais rester là pendant au moins une heure. C’est certain.»




12 août 2004

« - Edward ! Lance-moi !
- Non, moi d’abord !
- Hé, j’étais là avant toi !
- Pas de bagarre, les enfants ! Je vous lancerai tous, les uns après les autres !
- Il m’a lancé plus loin que toi, na !
- C’est pas vrai ! t’es trop lourde !
- Pas vrai, Edward est plus fort que toi !

Et Edward rit, de son rire qui éclate dans la piscine, comme l’eau se met à éclater lorsqu’il arrive. On a finalement osé nous joindre aux autres enfants, pour jouer avec Edward. En fait, il n’est pas le grand-papa d’un enfant, c’est le grand-papa du camping entier. Lorsqu’il arrive, avec sa peau brunie par le soleil, ses cheveux tout blancs, assortis à sa moustache et son maillot de bain bleu, du même bleu que ses lunettes de plongée, du même bleu que les catèles du fond, tous les enfants s’agitent et poussent des cris, à l’idée de pouvoir se faire lancer dans l’eau. Les mamans, même si elle ne se laissent pas volontiers éclaboussées, sont heureuses d’avoir un temps de répit. Et les maîtres-nageurs le salue, comme s’ils pouvaient eux aussi, dé- tendre leur attention quelques temps, aller prendre un café. Edward, je le vois un peu comme le roi de la piscine. Dont le peuple clame son nom, lorsqu’il prend possession de son territoire. »




21 août 2004

« (...) Tom et Alix m’aident à grimper sur le bunker, avec eux. Je m’assied sur le rebord, juste face à l’océan. C’est vrai qu’il est haut. Je dis au revoir à ma grotte, dans ma tête. La dernière fois que j’y suis retournée, les algues scintillaient tellement fort, alors c’ était beau, pour un au revoir. Je sais maintenant pourquoi Dieu ne nous apprend pas à respirer sous l’eau. Parce qu’il y a des poissons trop dangereux, pour que les humains vivent dans l’eau.

Trois mois plus tard, Charlotte, 12 ans et demie. »




21 août 2004

« (...) Tom et Alix m’aident à grimper sur le bunker, avec eux. Je m’assied sur le rebord, juste face à l’océan. C’est vrai qu’il est haut. Je dis au revoir à ma grotte, dans ma tête. La dernière fois que j’y suis retournée, les algues scintillaient tellement fort, alors c’ était beau, pour un au revoir. Je sais maintenant pourquoi Dieu ne nous apprend pas à respirer sous l’eau. Parce qu’il y a des poissons trop dangereux, pour que les humains vivent dans l’eau.

Trois mois plus tard, Charlotte, 12 ans et demie. »




3 janvier 2005

« Cette nuit, Edward est revenu me voir. Je ne comprend pas comment il peut atteindre la fenêtre de ma chambre si facilement, avec ses tentacules. Je crois qu’il est le poisson le plus dangereux du monde, parce qu’il peut se déplacer partout. Il n’a apparemment pas besoin d’eau, pour venir et il sait où j’habite, quelle est ma chambre. J’espère seulement qu’il ne passe pas par la chambre de Rose. Avant de dormir, je prends toujours une grande respiration, et je ferme très vite les volets, parce que j’ai peur de regarder s’il m’observe dans le champs en dessous, dans la nuit.
Il ne vient que la nuit, Edward. Parce qu’il sait que le jour, les autres vivent. Mais la nuit, quand j’ai chanté ma chanson pour m’endormir et que les lumières du soir s’éteignent, il pousse du bout d’une de ses tentacules le battant de ma fenêtre. (...) »